
« Les JP1C roulent sur l’eau »
En ce dimanche 9 mai 2010 se déroulait la LOZERIENNE, cyclosportive de 130 kilomètres au profil tumultueux, dans la traditionnelle ville de LA CANOURGUE, promu pour l’occasion « ville d’eau ».
La veille, la météo locale, dont l’objectivité n’a pas fini de me surprendre, annonçait pour le dimanche un temps sec et agréable sur le parcours. Mais, je crois que prévoir le temps qu’il fera est aussi aléatoire que de prévoir le temps que nous ferons.
Toujours est-il que le bon Dieu avait décidé de prendre son jour de repos, oubliant ses engagements de la veille. Sur la ligne de départ peu avant le signal libérateur, nous avions tous les regards levés vers l’horizon où se profilaient de noirs desseins et une pluie assurée.
Comme ont coutume de le dire nos anciens, dans nos contrée méditerranéennes, l’avenir est dans l’eau ; alors c’est avec un certain fatalisme que nous abordions notre randonnée.
De plus, le mauvais temps et la pluie ont cet avantage qu’ils renforcent l’instinct grégaire des coursiers. A 9 heures précise, le maire lâche « la bande à bonne eau » vers les routes lozériennes. Et c’est donc sans esprit tactique, mais à fond et groupés que nous déboulons sur les cinq kilomètres de descente qui nous amènent au pied de la montée du col de Trébatut (1075m) .
Là, c’est un brusque changement. Embarqués pour une ardente croisière, chacun adopte rapidement un régime de croisière plus adapté au bon vouloir des pourcentages abordés. Unis dans une même galère, une certaine solidarité s’opère dans cette longue montée qui nous emmène jusqu’au sommet et au trentième kilomètre. Petit à petit, le déluge aidant, le rafiot se transforme en arche de Noé d’où s’échappe un troupeau de cyclistes de couleurs et d’espèces disparates ; parmi cette faunes, deux fringants spécimens (normal c’est le début …) de « Je Porte casque.com ».
Au col, petit ravitaillement et on enfile nos imperméables. Bien utiles pour dévaler une très belle descente, où l’on enchaîne parfaitement les courbes sur un excellent revêtement. Rapidement, nous abordons une portion de plat qui nous ramène à notre point de départ à LA CANOURGUE que nous traversons, dédaigneusement sans un regard.
Dès la sortie, nous remontons, vers le plateau en compagnie d’une pluie devenu familière, regrettant malgré tout la grisaille et la brume qui nous cachent des paysages digne d’un meilleur sort. Cette rapide montée, nous conduit sur un plateau vallonné et légèrement montant.
Au sommet, nous débouchons sur un paysage immense et chaotique où s’entaillent sous nos yeux ébahis les gorges du Tarn. Ca donne le vertige. Aussi, Laurent plutôt intrépide en temps normal, hésite à faire valoir son talent libératoire. Roulant sur l’eau, nous dévalons dont héroïquement mais sagement une descente très technique, difficile et interminable, rendue aléatoire par des rafales de vent désorganisées. En fait, même en baissant la tête, nous avions plutôt l’air de produit surgelés dévalant une pente, dans l’emballage de cellophane de nos imperméables, que de véritables coureurs. D’ailleurs, frigorifiés, en arrivant en bas, nous l’étions.
Heureusement, c’est le village de Saint-Enimie, le soixante quinzième kilomètre. Là nous attendent une vingtaine de borne de plat (tout relatif) sur une route très agréable qui serpente au gré du torrent lumineux et d’un vert flamboyant que constitue le Tarn. En s’enfonçant dans ses gorges, nous passons sous la pierre et traversons des villages caméléons où les maisons se confondent avec le roc. Pour moi, surement le meilleur moment de cette Lozérienne.
Mais au centième arrive enfin la fameuse « côte des Vignes ». Simplement un lieu de passage, sur la trajectoire des cyclistes, dépouillée de tout sadisme. On la franchit parce que l’on ne peut pas faire autrement pour rentrer.
C’est une ascension digne d’un col pyrénéen qui offre son relief dès le pied ; ce qui fait qu’elle ne s’envisage pas de gaité de cœur.
Laurent fut-il frappé par la majesté des lieux, où par une pente laissant s’épanouir une pente au delà des 10% ?… toujours est il que le rythme s’est notablement abaissé tout au long de ces six kilomètres. Malgré tout, une montée régulière et cadencée que seule la piqure d’un frelon de passage aurait pu perturber… mais vu le temps, il n’y avait aucun risque.
Mais cette gestion, nous a permis d’aborder les causses et le retour au sein d’un groupe de huit autres coureurs. Soit disant un plateau d’une vingtaine de kilomètre jusqu’à la descente finale.
En fait, il faut plutôt s’imaginer sur une attraction de fête foraine, style montagnes russes (au pluriel bien sûr). La descente en fait c’est le rush final de votre montagne russe. Que du plaisir, sur un vrai tapis, une route très large, avec de bonne relance, où l’on peut facilement dépasser les 60 km/h sans pédaler.
En bas, il ne vous reste plus que la légère remontée glorieuse dans le village de LA CANOURGUE et c’est ainsi que nous franchirons la ligne groupés en un peu plus de cinq heures..
Les conditions météos, les avanies, les débâcles, les défaillances à quelque niveau que ce soit, font parties des courses cyclistes et ne sauraient en aucun cas entamer la grandeur, le prestige et la qualité de cette « Lozérienne » et de ceux qui y ont contribué : « organisateurs, bénévoles, public et coureurs ».
Il est vrai que nous n’avons vu que quelques spectateurs blottis au pied d’un arbre, sous un parapluie, dans l’encoignure d’une porte… ; mais leur ardeur à nous encourager était proportionnelle à celle que nous mettions à venir à bout de notre randonnée.
Enfin, on ne dira jamais assez le courage, le mérite et l’amabilité des bénévoles qui en toute humidité ont jalonné notre périple, avec le sourire en prime.
Merci à Ludovic Valentin à sa famille et à toute son équipe pour leur accueil. Et comme l’an prochain, on nous a promis le soleil, nous reviendrons, mais ce coup-ci avec toute la caravane JP1C.
LE PARCOURS

